Françoise Tomeno

Françoise Tomeno

16 juillet 2012

LE RISQUE DU FUNAMBULE

Françoise Tomeno
16 juillet 2012

"Je continue d'avancer", me disait ma vieille amie de 90 ans. 

Aujourd'hui, voici comment je me formule cette affaire d'avancer dans la vie. Mais juste avant, cette petite remarque. Un jour que je saluais un collègue psychiatre avec le "Ca va?" traditionnel, il me répondit "Où ça?". Je fus embarrassée pour bien longtemps.

Parfois, lorsque l'on me demande si ça va, j'ai envie de sortir de mon sac un Joker. D'autres fois, de dire "Ca va, même si je ne sais pas très bien où ça va".

Donc, avancer, aller de l'avant dans sa vie.

La question est moins, aujourd'hui, "où", que "comment".

L'image du funambule s'est imposée à moi ces jours-ci.

Voici ce que cela donne. Sur le fil de la vie, on pourrait dire que l'on tient dans une main (moi, c'est la droite), ce qui nous pousse à vivre, ailleurs nommé désir. Dans l'autre main, la réalité, ses possibles, ses impossibles, ses ratés, ses merveilles, ses séparations, ses trouvailles, ses retrouvailles.

La posture du funambule serait alors de tenir sur le fil de la vie, en équilibre, avec pour balancier les deux bras porteurs de ces deux trésors. En équilibre? Hum, au fond, je crois que c'est plutôt en perpétuel déséquilibre, mais sans tomber.
Si possible.
Quand c'est possible.

Parce que, bien entendu, on tombe parfois. Parfois souvent. 

À certains moments, pas forcément les plus faciles, on tient assez longtemps sans tomber. Il s'ensuit une sorte de plaisir, de satisfaction d'être là, à la bonne place, dans la bonne position. La position qui laisse à l'autre sa place, lui laisse du champ pour venir, repartir. Ca n'est pas tous les jours que l'on y arrive, il faut un long apprentissage.....

Il s'agirait moins alors de "tenir" une position, avec volonté, contrainte, dureté, que de se tenir à une certaine place, avec souplesse, douceur, amusement, comme le funambule, qui n'en reste pas moins concentré.

Enfin moi, ce que j'en dis...!