Françoise Tomeno

Françoise Tomeno

24 octobre 2012

Sami, for ever....

Françoise Tomeno
24 octobre 2012

Il est là, face à nous, entre ombre et lumière. Il est vêtu d'un grand par dessus noir, les mains recouvertes de gants, noirs également, tout comme le sont aussi le sol et le fond de scène. Seul son visage est éclairé, d'une lumière blafarde. Elle s'arrondira en lumière plus douce peu après. 

Devant lui, un petit écran d'ordinateur, sur lequel il lit un très beau texte de Samuel Beckett, "Cap au Pire". On dirait que c'est l'écran qui lui éclaire le visage.

Le texte est un texte aride, où la langue hésite, se casse, renonce, dit sans dire, évoque, brise, soupire, se désarticule, bondit, rebondit, soupire encore, respire. 

Il habite ce texte avec humanité, lui donnant relief et corps. Les fins de phrase se dissolvent dans la pénombre. La douceur le dispute parfois à la violence, elle-même retenue, parfois, aussi.

Il est là face à nous, avec son incomparable présence et cette voix qu'un âge qui commence à avancer dans la vie n'a pas altérée.

Il est l'un de ces grands et rares acteurs qui savent incarner pleinement un personnage, habiter un rôle, tout en y maintenant leur âme, qui se donne à voir là en toute dignité. Laurent Terzieff était de ceux-là également.

Merci, Monsieur Sami Frey.