Françoise Tomeno

Françoise Tomeno

01 janvier 2013

Métro Belleville, 31 décembre, 15 heures.

Françoise Tomeno
1er janvier 2013

Métro Belleville, 31 décembre, 15 heures.
Lorsque nous arrivons sur le quai, il y a de l'animation. Quatre hommes quelque peu éméchés jouent. Oui, jouent. Un jeu entre le jeu de billes et la pétanque. Le cochonnet est représenté par un petit objet métallique de forme improbable. Ces messieurs visent cet objet avec des briquets, un blanc, un noir, un jaune, un vert.

Nous nous arrêtons le temps de laisser passer un briquet. Amusés, nous avançons un peu sur le quai, au delà de l'aire de jeu. Soudain j'entends: "Le black, il y arrive pas avec la couleur". Je me retourne, l'un d'eux, personne "de couleur" comme l'on dit, "black", en effet, vient de perdre en lançant un briquet jaune. Ils sont tous les quatre pliés de rire, et ont du mal à s'en remettre. 

La partie continue, sous l'oeil amusé de toutes les personnes présentes sur le quai. Celles qui arrivent attendent de pouvoir passer, sans interrompre la partie. Du jamais vu dans le métro. Nous sommes le 31 décembre: chacun a du temps, sans doute, et peut faire place aux autres, au jeu, à l'amusement. 

Ils sont habiles, ces messieurs: tout éméchés qu'ils sont, ils réussissent parfois de jolis coups.

À un moment, le "black" lance le briquet vert: gagné! Il a réussi à faire gicler deux briquets auprès du cochonnet. Il exulte, jubile, manifeste avec de grands rires sa joie, danse, suivi de ses potes, qui viennent lui taper sur l'épaule, le dos, dansent avec lui, contents pour lui, contents sans doute que cette fois-ci, le black, il ait réussi avec "sa couleur".

Luciole de ce 31 décembre.