Françoise Tomeno
1er août 2012
Elle arrive du coin de la place, à pas très lents, le corps instable. Elle a environ 70 ans, ses cheveux blancs pendent sur sa tête qui penche en avant. D'une main, elle tient une canne, ou un parapluie, je ne sais pas; de l'autre, un sac. Je reste à la fenêtre, elle m'étonne, elle me touche. Elle met un temps fou à arriver.
Elle arrive. Elle est vêtue d'un pantalon bouffant bleu canard, d'une veste trois-quart en plastique noir.
Ses cheveux ne sont pas blancs, ils sont d'un beau blond doré. Ils pendent toujours, tristement, le visage penche toujours vers l'avant, le corps ballotte toujours de droite à gauche, au gré de la marche lourde. Les cheveux laissent apercevoir un visage jeune. Elle n'a pas soixante-dix ans; vingt, peut-être?
Combien pèse son âme pour que sa démarche soit si lourde?
Elle s'arrête, se tourne vers la porte de l'immeuble en face de la fenêtre où je suis accoudée. Avec peine, elle sort des clefs, toujours si lentement, accroche sa vie à la poignée pour pouvoir ouvrir. Elle entre, je la perds de vue. La porte met un temps fou à se refermer.
Je scrute les fenêtres d'en face, espérant lui en voir ouvrir une, la voir laisser entrer l'air, laisser flâner son regard. Ca me rassurerait. Et pourtant, je sais qu'elle ne le fera pas.
Qui êtes-vous, petite luciole des Pays Baltes? Quelle peine vous a saisie? Depuis combien de temps?
Je reste un moment à vous attendre. Ici, de l'autre côté de la rue, depuis la fenêtre de mon hôtel à touristes, je ne peux rien pour vous. Juste témoigner de votre existence. Juste dire que je vous ai vue passer, la lassitude enroulée autour de votre cou d'enfant à peine sortie dans le monde des adultes.
Petite luciole des Pays Baltes.